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3. Le lacher-prise

Le lacher-prise

Le lâcher-prise
Un concept de la psychologie que l'on peut appliquer dans l'apprentissage de l'équitation montée, dans le perfectionnement plus précisément des aides chez un cavalier à la recherche de la légèreté. Le lâcher-prise est le contraire absolu du contrôle.
Qui n'a jamais eu l'occasion de faire ce petit jeu de lâcher-prise qui consiste à fermer les yeux et se laisser tomber au centre d'une petite ronde de personnes qui doivent vous retenir et vous empêcher de tomber ? Il ne s'agit rien moins que de lâcher-prise, abandonner le contrôle, faire confiance.
Dans la vie de tous les jours, nous cherchons constamment à contrôler les évènements et les réactions des autres. Mais nous ne pouvons ni changer les situations, ni changer les autres. Ce que nous pouvons changer lorsque quelque chose ne nous convient pas, c'est seulement notre façon de percevoir cette réalité ou d'appréhender les autres. Vouloir tout contrôler, c'est se mettre inévitablement en situation d'échecs.
 
Vouloir tout contrôler réduit sa propre liberté en érigeant des contraintes, des contraintes de résultats bien souvent. Penser obsessionnellement à un problème ne permet pas de le résoudre, cette attitude est plutôt inefficace car elle parasite l'instant et la clairvoyance. Se détacher du problème au contraire, lâcher-prise, oxygène le cerveau.
Lors de sa pratique équestre le cavalier cherche tout le temps à contrôler sa monture. N'est-ce d'ailleurs pas ainsi que sont formulés les objectifs de chaque niveau ?
- Contrôler la vitesse et l'allure sur un enchaînement de sauts isolés.
- Contrôler la cadence de chaque allure.
- Maîtriser l'incurvation.
- Contrôler la rectitude lors des changements de pied en l'air au galop
Plus un cavalier cherche à contrôler, moins son fonctionnement est spontané. Il informe par ailleurs ainsi sa monture sur son sentiment d'insécurité et risque de moins en moins de la contrôler justement, ce qui l'amènera à renforcer son contrôle (ses aides) et à entrer dans un cercle vicieux loin de l'équitation de légèreté. Plus il contrôle, plus il s'éloigne du moment possible de lâcher-prise.
Au contraire, le cavalier doit abandonner son besoin de contrôle et faire confiance. Cette façon psychologique de fonctionner amène une décontraction du corps, et ouvre la voie de la très fameuse descente des aides que l'on admire sur les gravures : exercices et airs réalisés rênes détendues, voire longues, ou même sans filet : Baucher, Nuno Oliveira, Philippe Karl, mais aussi Jean-marc Imbert, Lorenzo ... Les exercices sont réalisés avec la coopération du cheval, dans une totale décontraction des deux corps (cheval et cavalier), et non sur une demande exercée dans la contrainte (pris entre mains et jambes ou encore tiré-poussé).
- Descente de jambes : relâchement des jambes du cavalier qui n'interviennent plus dans la conduite du cheval et se contentent d'accompagner moelleusement ses mouvements. Les jambes pendent alors par leur propre poids, l'absence de stimulation équivaut à une absence de gêne, cet abaissement de la pression est très bénéfique pour la locomotion du cheval.
 
- Descente de mains : action de rendre la main, obtenue en abaissant les deux mains. Cet abaissement a pour but de relâcher les rênes sur un cheval qui se soutient. Il est aussi un des moyens d'amener le cheval à se passer du secours de la main. Les airs de haute école n'ont que plus de valeur s'ils sont obtenus dans la descente de mains.
Le lâcher-prise commence lorsque le cavalier est capable de laisser ses rênes longues : cet acte en apparence anodin est très difficile à réaliser pour certains. Certes, ils allongent les rênes, le cheval s'étend un peu, mais les rênes ne sont jamais complètement lâchées, formant un bel arrondi vers le bas. En début, en fin de séance, ou en promenade, il arrive que des cavaliers ne perdent jamais le contact avec la bouche.
 
Ce refus d'accepter de ne pas contrôler n'a que des inconvénients : cheval qui tire tout le temps, cheval assisté, cheval résigné et mou, cheval peureux... selon le caractère du cheval.
Lorsque le cavalier est capable de détendre complètement ses rênes sans que cela devienne une source de stress, il peut alors se focaliser sur le bas de son corps. Chausser les étriers, oui, mais souplement. L'appui excessif, pour ne pas les perdre, raidit la jambe et l'assiette. Le serrement inconscient des cuisses sur la selle, pour ne pas perdre l'équilibre, empêche le fonctionnement de l'assiette et perturbe l'équilibre.
 
Plus un cavalier essaie de contrôler sa position et son équilibre, moins il devient opérant pour y parvenir, il doit laisser aller son corps, comme dans une danse avec un partenaire : raide, il lui marcherait sur les pieds. Tout cela n'est pas simple, il faut beaucoup travailler au pas avec un cheval calme mais actif : rênes longues, sans étriers, jambes relâchées, la cuisse roulant légèrement dans la selle, la pointe de pied pendante.
Pour une action, nous pouvons essayer de la contrôler, de l'influencer, ou ni l'un ni l'autre, c'est à dire de faire une action différente ou de différer l'action prévue. Par exemple, pour une demande de départ au galop, le cavalier contrôle en imposant ses aides. Lorsque le cheval ne répond pas comme il faut, le cavalier peut :
 
- renforcer ses aides pour obliger le cheval à partir malgré tout : avec un risque d'échecs conséquent sur le résultat, si le cheval ne comprend pas avec des aides légères, pourquoi comprendrait-il mieux avec les mêmes aides renforcées ?
 
- ou modifier / ajouter une aide pour influencer un peu plus le cheval : Le cavalier veut s'imposer sans écouter les signaux que lui envoie le cheval, donc sans diagnostiquer les difficultés réelles amenant l'échec dans la réponse du cheval.
 
Le cheval risque de ne pas comprendre mieux et le cavalier d'entrer dans une escalade des aides. - ou bien, le cavalier peut se relâcher complètement et rester au pas en faisant éventuellement autre chose (figures, exercices au pas) et différer son départ au galop à un moment plus propice : permettre au cheval de revenir dans l'exercice sans se braquer et après avoir fait une préparation intelligente par rapport à la difficulté ressentie lors du lâcher prise (problème de souplesse, d'équilibre, d'engagement, d'endroit, de peur ...). Le cavalier doit pouvoir faire avec ce qui est dans le présent, car le cheval ne saurait reporter son stress, une douleur, une peur, une incompétence, et encore moins les contrôler.
Le perfectionnisme et l'acharnement conduits par ce besoin de contrôle est une pure perte d'énergie et de bien-être. Jamais satisfaits, toujours frustrés, les personnes qui n'arrivent pas à lâcher-prise se heurtent à l'absurdité du désir de contrôler ce que l'on ne peut ni changer ni influencer.
Il faut prendre conscience de ses émotions et surtout de la peur liée à l'absence de contrôle : de la crainte que le cheval ou les autres nous dominent, de la peur de se tromper en laissant faire les autres, de la peur de faire confiance aux autres.
 
Il y a également un certain nombre de deuils à faire pour arriver à lâcher-prise : accepter d'abandonner ce à quoi nous tenons, d'abandonner la recherche du résultat (en étant surpris de l'atteindre malgré tout), d'oublier le passé, les épreuves et les problèmes. Bref, cesser d'être le jouet de nos pensées, de nos émotions, de notre stress nécessite une grande conviction mais permet de vivre le moment présent et de s'y adapter pour en libérer l'essence.
Rendre notre cerveau flexible, s'ouvrir à autre chose au lieu de se laisser agacer, c'est goûter le bonheur d'être là, c'est profiter plus souvent de moment de sérénité, donc de s'épanouir plus facilement avec les autres tout en reconnaissant leurs différences, c'est un peu voir toutes les choses de façon positive.
 
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